
Jérémy Bruger: piano ; Thomas Gaucher: guitare ; Cyril Drapé: contrebasse ; Malte Arndal: batterie
Une fois encore, le public du Jazz Club de Grenoble a vu sa fidélité récompensée par le concert de jeudi soir. Jérémy Bruger, pianiste et compositeur, a construit son quartet en s’entourant de jeunes musiciens qui comme lui sont dotés de talents multiples. En effet, en plus d’exceller dans leur instrument respectif, ils contribuent à enrichir le corpus de thèmes du groupe. Mindwatcher est donc un quartet dans tous les sens du terme, puisqu’ils créent et interprètent tour à tour la musique de chacun.
Et, quelle musique ! C’est un jazz « moderne, contemporain », mais sans les excès techniques et sonores que ces termes recouvrent parfois. Ici, point d’effets faciles, point de sonorités agressives, point de tempi inutilement « énervés ». La musique qui nous est proposée est subtile, très agréable, raffinée, je dirais même presque « chic », au sens le plus positif de l’adjectif.
Ce soir, le concert faisait la part belle aux compositions du groupe ; tous écrivent une musique très construite, complexe sans être ardue, car elle est extrêmement mélodique. Certains titres, comme Beyond Relief créent l’atmosphère « onirique » qu’affectionne particulièrement Jérémy Bruger, et qu’il excelle à nous faire partager par ses chorus. Le rêve se poursuit dans Ox (composé par Cyril Drapé), ou Echo et Herran (de Malte Amdal), ou même dans le Chez Bastien, composé par Thomas Gaucher, qui, dans ce titre, métamorphose sa guitare en une sorte d’orgue grâce à un synthétiseur : étonnant et magnifique.
Parfois, on sent quelques belles influences, par exemple, une touche « West Coast » dans Gauchus Malus Tractus de Thomas, ou une ligne de blues dans Nebula. Ce titre permet à Malte de faire la preuve de tout son talent en modulant lui aussi sur ses toms. Mais à l’évidence, tout ceci est aussi le reflet d’un travail très sérieux de mise en place allié à l’écoute attentive de chacun envers les autres. C’est particulièrement essentiel dans des thèmes à mesures impaires comme le That’s All à cinq temps et surtout l’impressionnant Pharaon à dix temps que Malte, parfaitement concentré, a mené sans faillir, en nous offrant en prime un superbe chorus. Du grand art !
Mindwatcher n’a repris qu’un seul titre « exogène », tout à fait en fin de concert. Là encore, leur version du Libra de Gary Bartz, rapide, très « enlevée », exposée à l’unisson par Jérémy et Thomas a permis à chacun des membres du groupe de nous offrir un chorus, et notamment celui de Cyril en symbiose avec Malte.
Et comme, pour assurer un bel avenir à Mindwatcher, Jeremy Bruger a pris soin de faire « swinguer » son…Karma…