
Pour cette seconde soirée et avant de parler musique, Gérard Duchamp a souhaité mettre à l’honneur l’illustrateur et graphiste François Robin qui réalise une performance en live sur tous les concerts du festival. Ses superbes dessins, pris sur le vif des concerts, accompagnent déjà depuis de nombreuses années les éditions du festival Jazz à Vienne et les chroniques de la présente newsletter.
Revenons à la musique. La programmation de Jazz’Alp peut être fière de son choix avec la venue de Pilani Bubu et du quartet Marthe le jour de la Journée Internationale des droits des femmes. Qui, mieux que Pilani Bubu peut représenter le combat des femmes. Née en Afrique du Sud à une époque où l’apartheid sévissait encore, cette chanteuse, danseuse, conteuse, musicienne est une combattante et une self made woman. Au-delà, de ces premières compétences, elle est diplômée en droit, passionnée de design, de décoration, allant jusqu’à présenter des émissions de télévision sur ces thèmes.
Pour son dernier projet, elle est accompagnée d’un quartet atypique. Le quartet Marthe se définit comme un animal à quatre têtes en perpétuelle évolution. Deux têtes pour qui soufflent avec Florent Briqué (trompette et bugle) et Alexis Moutzouris (saxophone et clarinette), une qui gratte avec Lucas Territo et sa magnifique guitare très années 60 et une qui frappe (fort !) avec Damien Bernard à la batterie.
Le projet « Nay’ Indaba » (conversation importante) raconte l’histoire du peuple sud-africain au travers des femmes. On ne saurait faire plus à propos !
La voix de Pilani Bubu est puissante, chaude et percutante. Elle est agrémentée de claquements de langue sur le palais. Ces claquements, qui sont une particularité du peuple Xhosa, rythment le chant. La grande Miriam Makeba était aussi d’origine Xhosa et elle utilisait ces claquements si particuliers (écoutez Qongqothwane (The click song) !). Pilani Bubu a d’ailleurs repris ce titre de belle manière il y a quelques années. C’est un bel hommage.
Le set musical est à la mesure de sa chanteuse alternant puissance ou douceur en fonction du besoin. À noter la performance de Lucas Territo à la guitare qui arrive à jouer simultanément des lignes de basse lourde et des accompagnements mélodiques. Les soufflants apportent de belles envolées de notes et la batterie assure une percussion diablement efficace.
L’ensemble donne un concert militant qui obtient l’adhésion de l’ensemble du public conquis, prêt à s’engager.
Pour conclure, je citerai Coluche qui disait : « Les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ». Pilani Bubu nous a rappelé que, partout dans le monde de nos jours cette citation fait sens.