
Electro Deluxe, sans calme
et dans la volupté d’une soul hyper funky
Très attendu par chez nous depuis la parution l’an dernier de son nouvel et excellent album Next, le septet cuivré emmené par le charismatique chanteur James Copley revient magistralement à ses fondamentaux soul funky, déroulant son irrésistible groove dans un set généreux et sans répit. Imparable!
Après la parution il y a pile un an de «Next» (voir ici), leur septième album en déjà vingt-quatre ans d’existence, on s’étonnait alors que la tournée qui avait suivi ne passait curieusement pas par Lyon. Une omission réparée avec cette seconde vague de concerts qui incluait cette fois le Transbo, où nous retrouvions avec joie les Parisiens d’Electro Deluxe et leur charismatique chanteur américain James Copley qui tient le micro depuis 2011. Le groupe qui a décroché la Victoire du Jazz en 2017 et n’avait rien publié depuis «Apollo» en 2019, revient en force avec ce nouvel opus plus artisanal et parmi leurs meilleurs, qui renoue avec les fondamentaux soul-funk de leurs débuts. La quasi-totalité des titres écrits conjointement par les sept musiciens sont au menu d’une set-list agrémentée de morceaux plus anciens, pour constituer un solide show d’une heure cinquante sans répit pour le plus grand plaisir des spectateurs qui ont empli la grande salle du temple villeurbannais.
Et, ça démarre fort avec l’énergie délivrée d’emblée par le bien nommé Ain’t no Stoppin’ qui pousse à la manière du Sledgehammer de Peter Gabriel auquel on pense beaucoup. Si, sur l’album on avait trouvé Neverland un peu bateau, sa version live qui suit nous accroche plus instinctivement par son groove continuel porté par la très solide section cuivres – avec Thomas Faure au sax ténor qui assure ici un beau solo, Alexis Bourguignon à la trompette, et Vincent Aubert au trombone- qui font aussi les chœurs à défaut de présence féminine.
Plus ancien, Let’s go Away s’inscrit bien dans l’esprit funk des années 70-80, notamment par l’utilisation d’un vrai Clavinet Hohner E7 d’époque, joué comme le Fender Rhodes et le B3 Hammond par le claviériste Gaël Cadoux.
On revient vite au programme de «Next» avec Shame, agrémenté d’un solo de trompette bouchée, et où le chanteur de belle stature qui déploie souvent ses longs bras comme pour mieux enlacer symboliquement la foule, capte celle-ci toute acquise au sympathique leader qui avec le temps pratique un français impeccable. Next justement, titre éponyme et seul instrumental du répertoire, lui permet de souffler un instant tandis que le bassiste Jérémie Coke prend la lumière pour un long chorus, soutenu par la batterie carrée d’Arnaud Renaville et un Fender Rhodes saturé. C’est ce même piano électrique qui introduit en longues volutes Circle Life, l’un des anciens titres retenus ce soir, et sans doute le seul plus apaisé de la liste.
Nettement plus pop bien que teinté de black music, voilà Who’s got your Back?, titre introduit par James à l’harmonica et qui se passe des cuivres jusqu’à son final malgré sa forte inclination soul-R&B funky. Mais, question groove cuivré, difficile de faire mieux que 1979, grosse pépite funky-disco, en revival de cette année charnière en la matière qui va faire danser et chanter la salle sur ce titre hédoniste à souhait où Jérémy Coke va faire claquer sa basse façon Marcus, avant un changement de braquet en vitesse supérieure et un gros chorus de sax. Le public est aux anges et les musiciens en profitent pour enchaîner sans transition sur le fumant Smoke et sa soul syncopée, teintée cette fois de hip-hop.
Autre clin d’oeil aux années mythiques mais dans une version savamment revisitée, le Stayin’ Alive des Bee Gees trouve naturellement sa place à cet instant, précédant l’excellent et très Princier Nakie Nakie et son refrain très accrocheur, avec une intro à la Earth, Wind & Fire et où la ligne de basse n’est pas sans rappeler quelque part le Love on the Beat de Gainsbarre. Le set touche à sa fin sous haute température, et il faudra bien deux titres de rappel pour nous rassasier, d’abord avec Keep my Baby, puis pour finir le très attendu One in a Million, pas là par hasard puisque c’est sans doute la pépite la plus bombesque de «Next». Imparable !